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Le flamenco, à la frontière de l’appréciation et de l’appropriation culturelle

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Le twerk, le voguing, le flamenco… les exemples d’appropriation culturelle sont infinis, surtout dans l’industrie musicale. Entre appréciation et appropriation culturelle, la limite demeure floue pour certains artistes.

Danseuse de flamenco sur la place de l’Espagne à Séville 
©Jeanne Metzinger

Rosalia ou “la reine du pop flamenco », comme la surnomme souvent les médias internationaux, est la dernière artiste accusée d’appropriation culturelle par les militants gitans en Andalousie. Les associations gitanes dénoncent l’utilisation des éléments de leur culture par l’ancienne étudiante de flamenco à l’Ecole supérieure de musique de Catalan.

Des féministes gitanes dans le sud de l’Espagne critique notamment le manque de reconnaissance de la culture gitane – qui a inspiré de nombreuses chansons de Rosalia dont Malamente par exemple (qui a accumulé plus de 30 millions de vues sur Youtube et qui a fait gagner plusieurs prix à l’artiste) – alors que d’autres artistes gitanes ne bénéficient pas de la même médiatisation ou reconnaissance à l’international. 

Domination et monétisation, les fondements de l’appropriation culturelle


Danseuse de flamenco sur la place de l’Espagne à Séville  (©Jeanne Metzinger)

En Andalousie, le flamenco et le gitan ne font qu’un, nous explique Aitana de los Reyes, danseuse de flamenco et féministe gitane. Le flamenco a été une forme de résistance pour le peuple gitan.” Cette musique a selon elle, trop souvent été détachée de ses origines gitanes : “Il y a appropriation culturelle premièrement parce que ces éléments ont historiquement été opprimés et persécutés; deuxièmement parce qu’ils ont été monétisés, exploités, dépourvus de leur signification originale et troisièmement parce que ça nous invisibilise”, raconte-t-elle.

La frontière entre appréciation et appropriation culturelle peut être difficile à définir. Caroline Bertron, professeure en sociologie nous explique qu’il s’agit “d’emprunter des pratiques culturelles à des groupes qui sont dominés dans la structure sociale, en vue de se légitimer ou d’acquérir une forme de pouvoir”. Associer ces éléments à leur culture d’origine, c’est une forme d’appréciation, mais selon Aitana de los Reyes, ces concepts s’inscrivent aussi dans un cadre raciste, “un racisme anti-gitan”.

Avec la mondialisation et les réseaux sociaux, tout nous semble à proximité et la connaissance de cultures étrangères est beaucoup plus accessible. Pour autant, la limite entre appréciation et appropriation est très fine et le dépassement de cette frontière continue à invisibiliser des communautés marginalisées partout dans le monde. 

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